Etymologie

Etymologie

Extrait du livre de  FrédérIC VITOUX
"Dictionnaire amoureux des chats"
(Ed. PLON)
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Les origines du chat sont bien mystérieuses. De nombreux naturalistes en disputent encore. D'où vient-il ? A quel moment est-il apparu sur terre ? Quels furent ses ancêtres ? Le chat sauvage et le chat domestique sont-ils de proches ou de lointains cousins ? Nous y reviendrons ... Mais, comme pour répondre à tant d'énigmes, l'étymologie du mot reste elle-même fort imprécise et fait l'objet de nombreuses et souvent très fantaisistes spéculations. 
 
Une chose est sûre : le mot "chat" qui apparaît dans notre langue au XIème siècle vient du latin tardif cattus, forme attestée au IVème siècle après J-C par Palladius en particulier dans un traité d'agronomie.
 
Ce mot renvoie du reste à toutes les appellations du chat dans la plupart des langues européennes.  Que l'on en juge : 
l'anglais cat  -  l'allemand Katze  -  l'italien gatto  - le polonais kot
le piémontais gat - 
le corse gattu  -  le breton kazh  -  le bulgare kotka - 
le gallois cath  -  l'asturien gatu - 
l'espagnol gato  -  le catalan gat  - 
le basque katu  -  l'arménien gadov  -  l'sonien kass - 
le tchèque kocka  - 
l'islandais köttur  -  le norvégien 
et le suédois katt, 
etc.
 
Faut-il croire que les langues slaves, celtes ou basques se soient inspirées directement, pour ce mot, du latin auquel elles demeurent pourtant totalement étrangères ? Sans doute. Cela permettrait en tout cas de dater l'expansion du chat en Europe de sa conquête par l'Empire romain. Comme quoi l'étymologie viendrait ici au secours de l'histoire pour mieux comprendre les destinées si secrètes du chat domestique parmi nous.
 
Le problème, de toute façon, demeure : d'où vient cattus dont tous les termes que nous venons d'énumérer à titre d'exmple sont dérivés ?
 
Eh bien, l'origine de cattus demeure incertaine.
 
Certains linguistes hasardent une origine syrienne du mot : gato.
 
D'autres une racine nubienne, kadis, pour désigner le chat, et et que l'on retrouverait dans le mot berbère kadiska, si j'en crois une information recueillie sur internet et dont le sérieux n'est par conséquent pas avéré ...
 
Pourquoi pas ?
 
Après tout, les premiers chats domestiques qui apparurent en Egypte et dans le bassin méditerranéen venaient du Moyen-Orient. Cette hypothèse ne serait donc pas absurde.
 
Je viens d'écrire le mot internet. Savez-vous qu'en 2001 un saint patron a été proposé au bénéfice des informaticiens, des internautes et autres surfeurs du web ou, pardon, de la toile ? Son nom : saint Isidore de Séville.
 
Pour ceux qui ne sont pas encore de fins connaisseurs de cet éminent prélat et savant, évêque de sa ville entre 601 et 630, rappelons qu'il fut un grand érudit et qu'il consacra une partie de sa vie à écrire une somme colossale en vingt livres et près de cinq cents chapitres consacrée à l'analyse des mots et à leurs origines. Il inventa, en d'autres termes, ce que les informaticiens appeleraient aujourd'hui une "banque de données". Le titre de son ouvrage : Etymologiae.
 
Que nous dit donc Isidore de Séville (canonisé en 1598 et déclaré docteur de l'Eglise en 1722) du mot cattus ?
 
Il se demande s'il ne provient pas d'une forme latine rare, cattere (absente même du fameux Dictionnaire latin-français Gaffiot !), qui veut dire voir, bien voir, distinguer. "Cattus quia videt" écrit notre saint patron. C'est-à-dire "le chat, parce qu'il voit". Il est vrai qu'on ne soulignera jamais assez la vision incroyable du chat. Surtout la nuit. Avoir des yeux de chat, et tout est dit.
 
De percevoir à saisir ou s'emparer, de capter à capturer, la transition est par ailleurs logique. Ce que signifie du reste le verbe, devenu italien cette fois, cattere, employé dans l'Italie médiévale et renaissante, dont fait usage Boccace en particulier, au sens de conquérir, atteindre une personne ou un objectif.
 
Mais il reste que ce verbe latin rare cattere tout comme le même verbe italien viennent - peut-être - de cattus et non l'inverse. Donc, tout demeure mystérieux. Et notre évêque andalou est sans doute allé un peu vite en besogne.
 
Encore une observation.
 
Les Latins, pendant des siècles, utilisèrent le mot felis pour désigner le chat - Cicéron en fait foi. D'où sont dérivés félin, félidés, etc. Il n'est pas indifférent de savoir que felis vient lui-même de feles qui désignait à Rome non seulement le chat mais toutes sortes d'autres petits mammifères carnivores plus ou moins domestiqués et utilisés pour la chasse aux rongeurs. Par la suite feles a pris le sens de "chapardeur". Toujours ce préjugé véhiculé par le chat, et qui consiste à le traiter de voleur, de malandrin, de tire-laine, de pickpocket, de cambrioleur, de racaille ! Mais, comprenez-le bien, encore une fois, le chat ou le feles ne vient pas de "voleur". Pas plus que le cattus du latin tardif ne vient de cattere. C'est plutôt le contraire.
 
 Un autre dérivé de feles associé à l'image du chat ne fait pas seulement référence à la prédation ou au vol mais aussi à la sexualité. Il est sans doute lié au couple constitué par le chat et l'oiseau dont il aime s'emparer et dont les connotations érotiques ne font aucun doute : l'oiseau fragile et abandonné semblable à une femme, le chat séducteur et impitoyale (cette symbolique-là sera récurrente dans l'imaginaire occidental ; combien de dessins, sculptures ou mosaïques pour la représenter, depuis le temps des Grecs ?). Il est lié surtout à la chatte qui miaule, qui attire le mâle, et constitue un archétype éloquent de la sexualité. La preuve, pour en revenir à l'étymologie qui ne ment jamais, ce mot de felis ou même celui de catta pour désigner les femmes et, plus précisément, les courtisanes, les prostituées.
 
Laurence Bobis, dans sa méticuleuse Histoire du chat de l'Antiquité à nos jours (Fayard et Points Seuil), évoque ainsi les inscriptions obscènes retrouvées dans le quartier des lupanars de Pompéi. Des femmes s'y faisaient appeler felicula ou felicla, atrement dit "petite chatte", comme pour souligner toutes les félicités lascives qu'elles promettaient. (La chatte pour désigner en argot le sexe féminin vient-elle de là ? peut-être. Comme par hasard, chez les Anglo-Saxons, on le nomme aussi pussy qui a le même double sens, puissy cat.)
 
P.S : Les Grecs appelaient les chats ailouros. Ce mot n'a donné naissance à aucun dérivé dans nos langues européennes. Les Egyptiens, eux, se souciaient peu des mot nubiens ou syriens. Ils appelaient leurs chats (en transcription phonétique bien entendu) Myeou, comme une onomatopée qui imite leur miaulement. Mau, le nom de la race des chats égyptiens, en dérive vraisemblablement. Du reste, dans de nombreuses langues du monde, le mot "chat" s'inspire toujours plus ou moins du miaulement qu'il émet, il rappelle phonétiquement son cri.
 
De même, les mots Minet, Minou et Matou, qui remontent aux XVIè et XVIIème siècles, semblent avoir également des origines onomatopéiques, la lettre M initiale et vocalisée rappelant le cri du chat.
 
Brève parenthèse, signalons comme il le mérite le roman de l'écrivain canadien Yves Beauchemin intitulé tout bonnement Le Matou. A sa parution en 1982 au Québec, cet ouvrage picaresque s'inspirant plus ou moins du mythe de Faust fut un véritable phénomène littéraire avec des millions d'exemplaires vendus. Un matou best-sdeller, la moindre des choses !
 
Concluons ces délicats problèmes d'étymologie ! D'où vient le mot "greffier" qui désigne, ou désignait plutôt autrefois, le chat en argot ?
 
Ses premières attestations écrites remontent au XIXème siècle mais son emploi parlé devait être bien antérieur. Céline dans son oeuvre en fit grand usage pour qualifier son chat Bébert.
 
En vérité, deux écoles s'opposent qui, à la réflexion, ne sont peut-être par si inconciliables. La première fait remonter greffier à griffe, tout simplement. Le chat est l'animal qui griffe. Voilà qui est dit ! La seconde fait dériver le chat greffier du greffier tout court, c'est-à-dire de l'officier public chargé de diriger les services du greffe d'un tribunal. Pourquoi pas ? Raminagrobis n'est-il pas le chat patelin, l'officier de justice dont il faut se méfier ?
 
Il y a plus. Le mot juridique greffier comme le mot greffe renvoient sans doute au mot griffe au sens de style, ce qui servait à écrire, à graver, à griffer autrefois sur la cire les arrêtés de justice. Il y a en somme convergence, pour le chat, entre le greffier de justice et la griffe tout court. 
 
FIN

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